Et j’ajoute que dans cette province, en une cité appelée Tingiu, on fait des écuelles de porcelaine(3), grandes et petites, les plus belles qu’on puisse dire. Et il ne s’en fait nulle part ailleurs que dans cette cité. Et de là, elles sont exportées en maints endroits par le monde. Il y en a là beaucoup, et à bon marché, si avantageux que vous en auriez bien, pour un gros de Venise trois écuelles si belles que personne ne saurait en imaginer de plus__
ZCes écuelles sont faites d’une terre particulière que voici : ceux de la cité recueillent un limon ou une terre pourrie, dont ils font de grands tas Rqu’ils laissent au vent, à la pluie et au soleilZ pendant trente et quarantes années sans y toucher(4). Et cette terre ainsi entassée, pendant une telle durée, s’affine de telle manière que les écuelles qu’on en façonne ont la couleur de l’azur(5), brillent d’un grand éclat et sont belles outre mesure. Et vous devez savoir que lorsqu’un homme rassemble cette terre, il ne peut en espérer en tirer profit, ni la mettre en œuvre lui-même. Mais son fils qui vivra après lui en recueille le fruit, etc(6)
Marco POLO (Le devisement du monde)
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3. C’est ici le premier emploi du mot porcelaine pour désigner la céramique fine des Chinois. Voir la note
4. Durée fort exagérée. Voir la note.
5. Le « céladon » est vert et non bleu. Ce n’est pas le seul passage où ces deux couleurs semblent confondues (voir chap. ; LXXXIV, note 2). Pelliot (Notes, p. 855) rappelle que « le chinois ch’ing signifie à la fois bleu et verts, ce qui a été la cause de bien des erreurs dans l’histoire européenne de la porcelaine chinoise ».
6. Cet etc. fait partie du texte Z.